Pour les territoires insulaires — Guadeloupe, Martinique, La Réunion, Mayotte —, le transport maritime n'est pas un mode de déplacement parmi d'autres : c'est la condition première de la vie économique. Les marchandises importées, les intrants agricoles, les équipements industriels arrivent par bateau. Le transport de fret inter-îles, les navires de liaison avec les dépendances (Marie-Galante, Les Saintes, La Désirade), les barques de pêche artisanale — tous ces vecteurs nécessitent un renouvellement régulier d'une flotte dont le vieillissement est structurel. Le Girardin industriel permet de financer ce renouvellement à un coût substantiellement réduit pour les armateurs ultramarins.
La réglementation applicable : transport de fret versus transport de personnes
L'article 199 undecies B du Code général des impôts exclut expressément les investissements réalisés dans certains secteurs liés au transport. Cette distinction est précise et mérite d'être comprise avant toute opération. Les navires de transport de personnes — ferrys, navettes passagers, bateaux de croisière, vedettes à passagers — sont généralement exclus du dispositif, car le secteur du transport de personnes figure parmi les secteurs non éligibles dans les conditions standard. En revanche, les navires et équipements affectés au transport de marchandises, à la pêche professionnelle ou à la maintenance maritime sont pleinement éligibles. Les obligations des exploitants bénéficiaires dans le cadre du dispositif sont encadrées par la doctrine publiée au BOI-IR-RICI-80-30 du Bulletin Officiel des Finances Publiques.
Équipements maritimes éligibles au Girardin industriel
Navires de fret et de cabotage
Les barges de transport de marchandises, les petits caboteurs (20 à 200 tonnes de port en lourd), les remorqueurs et les chalands fluviaux constituent le cœur de ce segment. En Guyane, le transport fluvial sur les fleuves Maroni et Oyapock est essentiel pour approvisionner les communautés isolées de l'intérieur — une demande structurelle en embarcations motorisées adaptées. Dans les Antilles, le cabotage inter-îles (Guadeloupe — Marie-Galante — Les Saintes) est assuré par une petite armada de navires dont le renouvellement est permanent.
Bateaux de pêche professionnelle
C'est le segment le plus accessible pour les opérateurs. Un bateau de pêche artisanale ou semi-industrielle représente entre 30 et 200 000 € HT selon le gabarit et les équipements embarqués (sondeurs, GPS professionnel, vivier réfrigéré, treuils hydrauliques). Ces équipements s'amortissent sur cinq à dix ans — une durée parfaitement compatible avec la structure Girardin.
Équipements de manutention portuaire
Chariots élévateurs portuaires (10 à 40 tonnes), chariots à mat pour conteneurs, grues de portique légères, transpalettes électriques industriels pour le transit — des équipements entre 50 et 500 000 € HT selon le gabarit, relevant des opérations agréées pour les plus importants.
Matériel de maintenance navale
Équipements de carénage (nettoyeur haute pression marin, brosses sous-marines motorisées), outillage de chantier naval (plaques de levage, cavalets réglables), systèmes de levage et de mise à l'eau. Ces équipements, d'un ticket entre 20 et 80 000 € HT, sont particulièrement demandés dans les chantiers navals artisanaux des DOM.
Le cabotage inter-îles : un enjeu de souveraineté économique
Dans les Antilles françaises, les liaisons entre les îles du département de la Guadeloupe (Basse-Terre, Grande-Terre, Marie-Galante, Les Saintes, La Désirade, Saint-Barthélemy, Saint-Martin) sont assurées par des compagnies de transport maritime privées de petite taille. Ces armateurs régionaux font face à un double défi : des charges d'exploitation élevées (carburant, entretien, charges sociales) et une flotte vieillissante dont le renouvellement est coûteux par rapport à leur capacité d'autofinancement.
Le Girardin industriel leur offre une alternative au crédit bancaire classique — souvent plus cher et assorti de conditions de garantie plus exigeantes dans les DOM qu'en métropole. Un armateur qui renouvelle un navire de cabotage de 60 tonnes (valeur : 180 000 € HT) peut bénéficier du Girardin agréé pour les montants dépassant le seuil du plein droit — avec des taux de réduction plus généreux.
Structure de l'opération : crédit-vendeur et clause de non-recours
Le mécanisme repose sur un crédit-vendeur : l'armateur vend le navire à la SNC, qui lui loue en retour à un loyer réduit. Ce loyer, inférieur au marché, constitue la rétrocession légale prévue à l'article 199 undecies B. La clause de non-recours est systématiquement incluse dans tous les contrats de location entre la SNC et l'exploitant maritime — elle protège les associés investisseurs en cas de défaillance de l'armateur. Au terme des cinq ans de location, le navire est cédé à l'euro symbolique à l'armateur, qui en devient pleinement propriétaire.